Vieux&Cultes #3 Poupette

Personnage : Poupette

Acteur : Denise Grey

Film: la boom

Année : 1980

Une grand-mère qui n’a jamais accepté de « faire son âge
Poupette débarque dans La Boum comme un courant d’air. Autour d’elle, tout le monde s’agite, se coince, se dispute : les parents de Vic traversent une crise de couple, Vic traverse sa première histoire d’amour, la maison entière est sous tension. Et puis il y a elle, plus de quatre-vingts ans, qui entre dans une pièce et qui allume tout. Elle fume, elle boit son champagne sans se justifier, elle prend sa voiture quand elle veut, elle a des amants, elle danse. Personne ne lui a demandé la permission de vivre comme ça, elle se l’est donnée elle-même. C’est ça, Poupette : une femme qui a décidé, une bonne fois pour toutes, que son âge ne lui dicterait pas sa conduite.

Elle a inventé sa propre vieillesse
Elle n’entre dans aucune des deux cases qu’on tend d’habitude aux personnes âgées : ni la mamie gâteau et tricot, ni la vieille dame fragile qu’on surveille du coin de l’œil. Elle a inventé sa propre case, et c’est celle qui donne envie. Elle ne se demande pas ce qu’elle a le droit de faire à son âge. Elle fait, point. Ce culot tranquille prouve, en une scène, que vieillir n’oblige à renoncer à rien, sauf si on décide d’y renoncer.

Apprêtée, coquette, et fière de l’être
Coiffée, parfumée, bien habillée : Poupette continue de vouloir plaire, à elle-même d’abord. Pas par vanité désespérée; par réflexe de vivante. Se sentir belle n’est pas réservé à la jeunesse, c’est un plaisir qu’on garde toute sa vie si on refuse de se l’interdire.

Vic et Poupette, une bande de deux
Pas de leçon d’en haut ici, mais une vraie complicité, presque entre copines. Une magnifique illustration du lien intergénérationnel. Vic lui raconte ses histoires de cœur comme elle ne le ferait jamais avec ses parents ; Poupette écoute sans juger, parce qu’elle sait exactement de quoi il s’agit. Elle n’a, elle non plus, jamais arrêté d’en avoir. Les deux bouts de la chaîne se comprennent souvent mieux que le milieu, coincé dans ses responsabilités. Grandir et vieillir, finalement, ça peut être la même liberté.


Elle fait rire, et c’est elle qui mène la danse
Poupette est drôle, et elle le sait très bien. Elle a le sens de la réplique qui tue, de la pique affectueuse, de l’autodérision aussi. Mais attention : ce n’est jamais elle qu’on regarde en souriant façon « ah, ces petites vieilles excentriques ». C’est elle qui fait rire les autres, qui les prend par surprise, qui garde toujours un coup d’avance. Son humour, c’est sa signature et sa force.

Elle aime encore, elle désire encore
Voilà sans doute le point le plus culotté du personnage, celui qui a le plus marqué à l’époque : Poupette a des amants. Pas des souvenirs d’amants, pas des histoires d’un autre temps qu’elle raconte avec nostalgie, des amants, au présent. Et c’est justement ça qui fait du bien à voir : elle balaie d’un revers de main l’idée reçue selon laquelle, passé un certain âge, on rangerait son désir au placard avec les jeunes années. Poupette nous dit tout simplement : l’envie d’aimer et d’être désirée, ça ne s’arrête pas à la retraite.

Elle conduit, donc elle est libre
Un détail qui en dit long : Poupette conduit sa propre voiture. Aller où elle veut, quand elle veut, sans devoir demander à quelqu’un de l’emmener, c’est rester maître de sa vie. Tout le contraire de l’image du fauteuil et des quatre murs. Poupette au volant vaut bien des discours sur l’autonomie.

Des conseils, jamais des leçons
Sa parole a la légèreté de l’expérience, pas le poids du sermon. Elle parle à Vic d’égale à égale, elle n’a plus rien à prouver, plus rien à perdre. C’est exactement pour ça qu’on l’écoute, elle, plus que n’importe quel parent inquiet.

Pourquoi Poupette donne envie de vieillir
Au fond, voilà pourquoi Poupette reste, plus de quarante ans après, un modèle aussi réjouissant : elle ne fait pas semblant de ne pas avoir d’âge, elle assume ses années à fond et c’est justement cette assurance-là qui la rend libre. Elle prouve qu’on peut avancer en âge sans rétrécir sa vie : garder son désir, son rire, ses amis, son volant, sa place centrale dans le cœur des siens. Elle ne vieillit pas en s’effaçant, elle vieillit en pleine lumière. Et c’est exactement ce qui la rend si inspirante aujourd’hui : elle ne donne pas envie qu’on prenne soin d’elle, elle donne envie de lui ressembler.

Ce magnifique portrait, toujours illustré par l’ami Didier « Axl » Plan, nous est offert pas Alix Zeitlin (Gard) Co-fondatrice de Zenior

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